
C'est un procès qui est passé un peu (trop ?) inaperçu mais 13 administrateurs et mandataires judiciaires viennent de se retrouver à Paris sur les bancs de la correctionnelle pour des faits de corruption.
Bien sûr, chez les plus anciens avocats, l'affaire évoquera plutôt un exercice d'archéologie judiciaire ou bien rappelera un délicieux fumet d'années 90...
Souvenons-nous de la défunte Banque SDBO, une filiale du sulfureux Crédit-Lyonnais, vers laquelle étaient habilement aiguillées les sociétés en difficultés et de son Pédégé Monsieur Despesailles, par ailleurs... juge au Tribunal de commerce de Paris. Et puis, l'agence de la SDBO au rez de chaussée même du Tribunal de commerce de Nanterre, le second de France...
Quant aux administrateurs judiciaires, en échange d'apports d'affaires, ils bénéficiaient de prêts à des taux super préférentiels, de quoi financer l'acquisition de châteaux... Un total de 107 millions de francs de l'époque.
En défense de ces misérables gagne-petits, l'ex Bâtonnier de Paris Bernard Vatier, bien connu pour ses liens étroits avec le milieu des mandataires judiciaires, a expliqué le plus sérieusement du monde que ces prêts à prix d'amis, s'inscrivaient "dans une politique commerciale de la SDBO" et qu'ils ont d'ailleurs "tous été remboursés".
Plutôt surprenant comme argument de la part de celui qui vient d'être désigné président de l'Union Nationale des CARPA...
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Mais le Bâtonnier Bernard Vatier, a parfaitement raison : c'est vrai qu'il n'y a là vraiment rien de bien grave.
De très opulents anciens Conseils juridiques, devenus avocats, qui sont spécialisés dans les très rémunératrices ventes de fonds de commerce de brasseries, de pharmacies ou bien de boulangeries, se sont enrichis pendant des décennies au moyen des intérêts versés par des banques ou des prêts à des taux ultra préférentiels, à tel point même que les bilans de leurs cabinets affichaient un résultat financier excédant même leur chiffre d'affaires en honoraires...
Les banques ? justement, les mêmes ! la Banque Gallière, la Banque Monod etc... mais faute non avouée et dans ce cas totalement pardonnée. Dans la fusion entre avocats et conseils juridiques, les Ordres, dont au premier chef celui de Paris, lorgnaient sur les juteuses missions de "Bâtonnier séquestre" qui ont longtemps été dissimulées dans les comptes publiés...
Quant à la CARPA... , c'est tout aussi simple : on connaît même l'un de ces petits malins, qui après avoir copieusement profité de la combine, a été bombardé administrateur de la CARPA, puis s'est propulsé au Conseil de l'Ordre. Il a longtemps sévi en Conseil de discipline, avec une intransigeance inégalée.
L'avis d'un expert sans doute.
Ce personnage haut en couleurs continue d'ailleurs bon pied, bon oeil !, à réaliser des missions pour le compte du Bâtonnier de Paris avec une prédilection certaine pour l'inspection des... comptes bancaires personnels des avocats. Il y fait preuve d'une remarquable et mâle assurance.
Quant aux administrateurs et mandataires judiciaires, ils continuent tranquillement leur carrière et le Parquet a requis contre ces braves gens une dispense de peine...
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Les affaires, parfois peu ragoûtantes, des Tribunaux de commerce n'ont toujours suscité qu'une gêne prudente de de la part des avocats, pourtant particulièrement bien placés pour en connaître tous les ressorts et en faire parfois les frais. Crainte de rétorsions ? Solidarité de la "grande famille judiciaire" ?
La presse dite "judiciaire" est aux mains de dynasties régnantes qui concevraient mal, pour la prospérité de leurs petites affaires, dont les très juteuses annonces légales, d'évoquer les sujets qui fâchent. Ce sont donc des histoires que l'on ne se raconte qu'entre initiés.
Même l'affaire dite "Sauvan-Goulletquer", un détournement de fonds de 270 millions de francs, qu'il aura fallu que les mandataires remboursent péniblement au moyen de la CSG (Contribution Sauvan - Goulletquer) ou bien la découverte du cadavre de Maître Olivier Sauvan au pied d'un falaise en Sicile, demeure totalement taboue.
Quant aux instances dirigeantes de la profession d'avocats, elles s'en sont toujours tenues à un étrange mais coupable silence, ne participant jamais au débat économiquement pourtant nécessaire sur la réforme des juridictions consulaires et celle des potentats de la faillite. Mais il est vrai que le lobby des Tribunaux de commerce et des mandataires judiciaires, y est aussi particulièrement solidement représenté...
Y compris au plus haut niveau, comme l'illustre superbement le très flamboyant Bâtonnier Bernard Vatier...
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Reste que l'on se demande bien pourquoi l'avocat, fort de sa déontologie et des outils que sont les CARPA en matière de maniement de fonds, ne pourrait pas être désigné administrateur judiciaire ou bien représentant des créanciers ?
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